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18.06.21

Stephan Langevin

Associé principal et directeur création

21 juin, Journée nationale des peuples autochtones

Il ne vous viendrait pas à l'idée de vous installer à demeure chez un étranger sans y être invité. D'occuper sans vergogne sa maison et de le confiner dans le cabanon. D'exploiter son jardin et son verger, se nourrir de ses fruits, mais sans jamais partager avec lui. Et après quelques années à vivre sous ce régime, ensemble, mais séparé, vous dans la prospérité et lui dans la pauvreté, vous ne le connaissez pas. Vous ne connaissez ni son histoire, ni ses valeurs, ni ses aspirations, vous ne le connaissez pas parce que vous l'ignorez. Vous le voyez, mais vous ne le regardez pas, vous l'entendez, mais vous ne l'écoutez pas, il est devenu un étranger chez lui et c'est désormais vous le roi.

Ce scénario d'horreur vous semble exagéré et plus qu'improbable, et pourtant c'est une peu de cette façon que nous, occidentaux, avons agi envers les peuples autochtones. Ici, depuis plus de 400 ans, nous occupons un territoire qu'ils habitaient depuis des millénaires. Certains vous diront que c'est la simple marche du monde, et qu'il s'est construit en opposant depuis toujours colonisateurs et colonisés, conquérants et conquis, occupants et occupés. Mais non, notre monde est un monde de relations en constante évolution et au fil des siècles c'est collectivement que nous décidons de la nature de ces relations.

Comme architectes nous avons la chance de collaborer fréquemment avec les communautés autochtones, et à chaque fois nous sommes séduits et souvent émus par la richesse de leur inspirante culture. Ouvrir notre cœur au monde autochtone, c'est se donner accès à un univers où culture et nature ne font qu'un, où le respect de l'environnement se vit au quotidien, où le droit de polluer son voisin ne peut s'acheter et où l'individu ne prime jamais sur la communauté. Ici ou ailleurs, avec les changements climatiques qui nous accablent, nous constatons que certaines pratiques, certaines façons de vivre et une certaine façon d'être d'avant conviendraient beaucoup mieux aux défis environnementaux qui nous préoccupent maintenant. Fortes de leurs cultures et de leurs expériences, depuis des décennies les communautés autochtones, dénoncent les impacts catastrophiques des changements climatiques. Malheureusement, ce n'est que dans l'urgence d'agir que nous constatons aujourd'hui que nous aurions dû les écouter, les comprendre et apprendre de leurs savoirs.

Nous ne pouvons qu'être admiratifs devant les peuples des Premières Nations, des Inuits et des Métis. Malgré des siècles d'oppression, malgré les efforts d'assimilation, malgré une pauvreté presque planifiée et le changement de mode de vie que nous leur avons imposer, ils ont su défendre et préserver leurs traditions. Ils ont su garder leurs cultures et leurs langues vivantes, mais tout n'est pas gagné.

Les discours, les lois et les excuses officielles c'est important, mais ça ne peut pas tout réparer. C'est d'abord par nos gestes et par nos paroles individuelles que les préjugés pourront enfin être effacés et que la douleur des blessures du passé pourra peut-être un jour, non pas être oublié, mais un peu s'estomper. Il est de notre devoir de reconnaître toute la richesse des peuples autochtones, d'abord individuellement, afin que collectivement nous puissions les soutenir dans la protection et la célébration de leurs traditions, leurs cultures et leur mode de vie. Et surtout, il est temps de faire preuve d'écoute et d'ouverture, car apprendre à les connaitre, c'est aussi apprendre à les respecter et ainsi s'assurer qu'il n'y ait plus jamais ni de Joyce ni d'enfance volée.

21 juin, Journée nationale des peuples autochtones