PATRIMOINE
22.10.21

Michel Boudreau / Francis Vanasse

Directeur patrimoine / Architecte en patrimoine

Comment s’intègrent les nouvelles technologies aux chantiers patrimoniaux ?

L'utilisation des nouvelles technologies lors de la mise en œuvre de nos chantiers fait maintenant partie intégrante des outils utilisés par les architectes en patrimoine pour leur suivi. Les entrepreneurs gagnent également de plus en plus à leur utilisation. Ce qui est moins connu, c'est que les informations recueillies par scans laser peuvent également être un outil précieux utilisable lors de la surveillance de chantier et la mise en œuvre.

À la Citadelle de Québec, outre les informations dimensionnelles, les nuages de point peuvent être analysés par une étude de verticalité afin de valider les déformations des murs et autres structures du projet. La déformation est exprimée en couleurs en fonction de la distance d'un point à un plan vertical rectiligne. Cette étude permet d'un seul coup d'œil de comprendre les déficiences du mur à corriger tels les déversements, bombements ou autres anomalies. Ingénieurs et architectes collaborent à la lecture de ces informations et mettent à profit avec l'entrepreneur ces outils au quotidien du contremaître. En chantier, elle permet de cibler précisément les endroits d'intervention et leur portée. Ensuite, elle est combinée à deux nouvelles étapes de scans afin d'évaluer les quantités exactes de volume de pierre de remplissage des murs massifs remplacée par l'entrepreneur. Le premier scan de chantier est exécuté lorsque le démontage est complété par le maçon et le deuxième scan est exécuté lorsque le projet est complété. Le volume de remplissage est souvent un enjeu majeur monétaire pour tous les projets de maçonnerie massive patrimoniaux. Le calcul de volume peut ainsi être fait par soustraction des 2 scans afin d'obtenir le volume réel remplacé par l'entrepreneur. Dans cette situation, l'entrepreneur est payé à son juste prix, les professionnels évitent les mésententes, les échanges non constructifs, tous les intervenants œuvrent donc dans un cadre harmonieux et d'une démarche honnête et respectueuse.

Dans le cadre des Nouvelles-Casernes, cette démarche est également employée, mais dans ce cas, nous avons utilisé les nuages de points également dans une perspective de conservation des traces et des éléments du passé. En effet, les sept bâtiments qui composent les Nouvelles-Casernes portent toujours les marques des différentes campagnes de travaux entrepris aux murs depuis la construction de 1749 jusqu'au départ de la Cartoucherie canadienne en 1964. Ces murs portent aujourd'hui les vestiges de sont passés, les marques d'une présence militaire continue jusqu'en 1871 et les balafres d'une époque industrielle révolue. Comment restaurer et consolider des murs et ne pas perdre à jamais ces éléments porteurs d'une richesse qui caractérise si bien chaque occupation et qui confère aux lieux ces ambiances d'exceptions. C'est là que les nouvelles technologies permettent aux architectes de réintégrer les pièces à conviction, reconstruire les assemblages inexpliqués de matériaux incongrus, remettre en place des mécanismes aux rôles encore inexpliqués et enfin, remonter des murs sur la base de techniques originelles en respect du travail de centaines de militaires, maçons et charpentiers qui ont laissé leur marque par le travail de leurs mains. La précision de ces informations recueillies en début de projet est alors transmise en chantier et permet de communiquer ces traces aux générations futures, dans le plus grand respect de nos prédécesseurs. Ces photos révèlent sans plus de mots, l'incontournable apport des nouvelles technologies.