PATRIMOINE
29.10.21

Léic Godbout

Architecte en patrimoine

Conclusion du mois du patrimoine: Avantages, désavantages, défis et potentiel pour l’avenir

Que ce soit simplement pour le plaisir, pour documenter un ouvrage sur le point d'être démoli ou pour préparer des plans en vue d'exécuter des travaux, dessiner un bâtiment existant exige une part de talent brut et une part de pratique assidue. Lorsqu'un tel exercice est fait avec une patience et une rigueur passionnée, il peut s'élever au rang de véritable prouesse artistique, comme dans le cas des minutieux relevés du Historic American Buildings Survey (HABS). Cependant, en présence d'un édifice imposant, de formes plus complexes ou d'ornements particulièrement élaborés, ce travail peut également s'avérer long et fastidieux. C'est pourquoi les architectes, en particulier, cherchent depuis longtemps des moyens à la fois plus rapides et plus précis de représenter fidèlement la réalité.

Déjà au 19e siècle, Viollet-le-Duc mettait au point une lunette permettant de projeter dans son carnet de croquis les voûtes gothiques devant lesquelles il se trouvait, d'où ses nombreux dessins d'une exactitude saisissante. La photographie et sa cousine, la photogrammétrie, ont ensuite bien sûr permis des pas de géant. Toutefois, la mise à plat et à l'échelle de ces images a toujours représenté un défi. Aujourd'hui, ce sont donc les relevés par balayage laser qui constituent la solution privilégiée pour saisir, sous forme de nuages de points, à la fois le faciès et les entrailles des bâtiments patrimoniaux qui nous entourent.

Ce plus récent outil possède l'énorme avantage d'éliminer ou presque la prise de mesure et le lent retraçage, ligne par ligne, des informations récoltées sur le terrain. Toutefois, la préparation nécessaire en amont pour effectuer ce relevé dans des conditions optimales et, surtout, le traitement en aval de l'énorme quantité de données « balayées » exigent passablement de temps. De la même manière qu'Internet donne accès à des milliards d'informations, ce qu'on y trouve dépend des outils de recherche utilisés et de notre capacité à y donner un sens, ce qui ne se fait pas en un seul clic !

D'un côté, rien ne vaut de sonder les pierres pour en écouter le chant, de les caresser pour en sentir les failles ou de goûter le mortier pour en reconnaître le cru ! De l'autre, les relevés par balayage laser possèdent un potentiel considérable que décuple leur combinaison avec le logiciel Revit, entre autres. Ils sont donc un moyen de plus dans le coffre à outils des architectes pour saisir et apprécier les mille facettes d'un édifice. L'essentiel est d'utiliser l'outil le mieux adapté à la situation et de garder en tête que, peu importe si cela est fait après avoir tout mesuré « à la mitaine » sur place, ou à partir d'un nuage de points captés par un drone, « dessiner, c'est comprendre » et, serions-nous tentés de dire, « comprendre, c'est se donner plus de chances de mieux conserver » !

Références :

  • §Les dessins de Viollet-le-Duc proviennent de l'ouvrage : « Viollet-le-Duc » par Françoise Bercé, publié aux Éditions du patrimoine du Centre des monuments nationaux en 2013.
  • §Les relevés sont tirés d'une publication commémorant le 75e anniversaire du HABS « AMERICAN PLACE : The Historic American Building Survey at Seventy-five Years » (voir : https://www.nps.gov/hdp/habs/AmericanPlace.pdf).
  • §Photos prises au 3PCO pour illustrer les subtilités de la pierre (Crédit photo : Léïc Godbout).