OPINION - 11 / 02 / 2022

Stephan Langevin

Associé principal et directeur création

​Connaissez-vous la signification du mot Tshinashkumitin

Personnellement, je sais dire merci en une dizaine de langues. Faites l'exercice, vous serez surpris. Cependant, je n'ai absolument aucune idée de comment dire merci en innu, en huron, en cri ou en inuktitut, et ce même si nous avons travaillé à plusieurs reprises et travaillons présentement avec des communautés autochtones. Selon les points de vue, nous partageons et/ou occupons un territoire avec des peuples qui étaient là bien avant nous et que nous connaissons si peu.

De plus en plus, notre société est sensible aux différents enjeux qui préoccupent les communautés autochtones. Souvent ne sont mis en lumière que les aspects négatifs et les problématiques, qu'en bonne partie, nous avons nous-mêmes créés. Très peu d'accent est mis sur toute la richesse, la diversité et la profondeur de ces cultures millénaires, et très peu d'efforts sont déployés pour conserver et garder vivants ces trésors comparativement aux millions, même insuffisants, que nous investissons dans notre propre culture.

Cette semaine j'écoutais un entretien très intéressant avec l'écrivain Étienne Beaulieu. Je me promets d'ailleurs de lire «les rêves du ookîk», son dernier ouvrage. Je trouvais ses propos pertinents. Nous enseignons d'autres langues dans nos écoles secondaires, mais pas un mot sur les langues autochtones et si peu sur leurs histoires, leurs cultures et leurs origines. De plus, plusieurs lieux d'ici, qui portaient à l'époque un nom autochtone qui les décrivait de manière poétique, ont été rebaptisés Saint-Quelque-chose. À mes yeux, je trouverais plus séduisant d'aller pêcher au Pekuakami (lac peu profond) plutôt qu'au lac Saint-Jean.

Dans ma pratique de l'architecture, j'aurais énormément gagné à ce que l'on m'apprenne dès mon plus jeune âge qui sont nos voisins. Ne pas m'enseigner ce que l'on souhaitait que j'en sache, mais qu'on m'apprenne à les connaitre vraiment et à chérir leur culture. Il en serait probablement de même si j'étais médecin, infirmier ou ingénieur, en fait l'ensemble de notre société en aurait grandement bénéficié. Pour la suite des choses et pour notre avenir commun comme peuples condamnés à vivre ensemble, devrions-nous apprendre à nos enfants à dire aussi Tshinashkumitin? Pourquoi se limiter à Thank you ou à Gracias?