OPINION
15.05.21

Stephan Langevin

Associé principal et directeur création

​Hydro Québec, Google et les p'tites tomates.

La semaine dernière, on annonçait que Google implanterait un important centre de données estimé à 735M$, dans la région de Beauharnois, pouvant ainsi tirer son énergie presque directement à la source, soit au barrage de Beauharnois étant situé à proximité. Jusque-là, tout va bien. Mais le site choisi par le géant américain est situé en zone agricole. C'est donc 62,4 ha de terres de grande qualité qui doivent être dézonées.

Il est vrai que pour la première fois le gouvernement québécois reconnait de façon concrète la nécessité de maintenir les surfaces zonées agricoles en compensant la perte des 62.4 ha par l'ajout d'une surface équivalente qui sera réservée à l'agriculture. Mais pourrions imaginer des politiques créatives, où les compensations laisseraient la place à des solutions plus innovantes.

L'électricité aux Québec est abondante, abordable et elle est produite de manière écologique. C'est pour ces raisons que depuis des décennies les alumineries, grandes consommatrices d'électricité, convoitent nos terres, nos rivières et notre énergie afin d'implanter leurs usines, les centres de données sont en quelque sorte nos alumineries d'hier.

Au début de la pandémie, nous avons entendu parler pendant des mois de notre autonomie alimentaire que l'on a cru menacer. À juste titre, nous avons pris conscience de la relative fragilité de notre chaine d'approvisionnement et pour y remédier le gouvernement a proposé de doubler d'ici 5 ans la production des serres québécoise. Mais la production serricole coûte cher sous notre climat nordique. Presque 40% des couts d'exploitation y proviennent directement des couts de chauffage, hiver oblige.

L'implantation d'un centre de données consomme des quantités indécentes d'électricité. Mais vous savez, comme on dit: rien ne se perd, rien ne se crée tout se transforme. Ces entrepôts de mégabits dégagent autant de chaleur qu'elles consomment d'électricité. Cette chaleur qui habituellement se retrouve dans l'atmosphère n'a aucune plus valu et contribue au réchauffement climatique. Serait-il possible d'imaginer une politique où des centres de données auraient l'obligation d'utiliser leurs rejets de chaleur à bon escient et, par exemple, chauffer des complexes serricoles qui seraient situés à proximité, ou soyons fous, sur les toitures de ces usines numériques. Il existe, ici et ailleurs, différents projets en cours qui jumèlent numérique et agriculture. Mais un projet concret comme celui de Google à Beauharnois qui utilisera une énergie propre serait une magnifique occasion pour notre société d'innover. Et qui sais peut-être qu'un jour, surfer sur internet aidera à bien remplir nos assiettes.