OPINION - 18 / 02 / 2022

Stephan Langevin

Associé principal et directeur création

​Le façadisme, une pratique acceptable ou un raccourci trop facile

En architecture, le façadisme est une pratique qui consiste à démolir un immeuble, souvent patrimonial, en ne conservant que sa façade sur rue, et en reconstruisant à neuf ce qui se trouve derrière et ce, sans égard à la condition d'origine du bâtiment.

Plusieurs exemples de cette pratique, passés ou récents, sont présents dans notre environnement urbain. Il y a quelques années, à Québec, la saga de la façade du Patro Saint-Vincent de Paul avait fait couler beaucoup d'encre et avait mis en lumière auprès du public les risques de cette pratique à l'égard de notre patrimoine bâti.

En effet, un des piège du façadisme est que la pratique devienne un raccourci facile, une manière de dédouaner les promoteurs de leurs responsabilités face à la mise en valeur et la conservation de notre patrimoine commun, mais dont ils sont propriétaires. À moins que l'immeuble ait été exposé à des intempéries ou à d'autres conditions exceptionnelles pendant des années, il est extrêmement rare qu'il soit totalement impossible de réhabiliter ou consolider la structure d'origine d'un bâtiment.

C'est bien vrai qu'il y a un coût élevé et un niveau de complexité technique et fonctionnelle important associés à la réelle sauvegarde d'un bâtiment historique. Mais, ces limites ne devraient pas supplanter le devoir de conservation de notre patrimoine. Ceci dit, lorsqu'il n'y a réellement aucune façon de sauver la structure principale d'un bâtiment, en conserver uniquement la façade devient une solution tout à fait louable.

Bien qu'il existe quelques exemples intéressants, cette pratique ne devrait pas devenir la norme. Aucune règlementation ne devrait favoriser, d'une manière ou d'une autre, la naissance de ces bâtiments qui relèguent, la plupart du temps, des morceaux importants de notre patrimoine au rang de simple masque sans âme, au sourire figé et factice.