OPINION
04.06.21

Stephan Langevin

Associé principal et directeur création

​Les rêves brisés des architectes

Il y a quelques semaines, nous avons tenté de démystifier le rôle de l'architecte, notamment sur sa plus-value pour les projets résidentiels. Cette semaine, nous aimerions parler du travail de l'architecte qui ne verra jamais le jour.

En effet, en architecture, il existe plusieurs façons d'obtenir un mandat ; la plus courante étant en répondant à un appel d'offres public pour lequel nous serons choisis sur la base de nos qualifications et de notre expérience (notre portfolio/CV), avec ou sans proposition d'honoraires, avant même d'avoir à lever le crayon à dessin. Mais dans d'autres cas, comme dans le cas des concours ou des propositions de projet privé avec esquisse, nous devons nous commettre et concevoir en bonne partie le projet en sachant très bien que, statistiquement parlant, notre proposition a plus de chance d'être rejetée que d'être celle qui sera véritablement construite. À cela s'ajoutent également les projets tardivement avortés, les projets vendus en cours de réalisation, les propositions en PPP (Partenariat Public Privé) perdu….et j'en passe. Bref, il y a probablement assez de projets qui dorment à jamais dans les disques durs des architectes de la province pour construire un monde parallèle.

De plus, toutes ces propositions ont demandé énormément de travail et ont été développées avec autant de savoir-faire et de créativité que demande l'élaboration d'un projet construit. Dans certains cas, on ne peut moins objectif comme réflexe, nous restons convaincus que notre solution aurait dû être celle choisie et que le monde se porterait mieux si c'est elle que l'on avait construit. L'architecture est un processus tellement long et complexe. Concevoir un bâtiment demande beaucoup d'efforts et de réflexions et, étant un acte de création, il est normal de s'y attacher et de vouloir que tout notre travail aboutisse à un réel projet. Ce n'est pas chose facile à apprivoiser que de voir avorter plusieurs projets auxquels nous avons consacré des centaines, voire des milliers, d'heures et dont nous demeurons convaincus de leurs qualités et de leur raison d'être.

Il est vrai que le métier d'architectes est en partie fait de rêves brisés. Mais cette peine est heureusement compensée par la chance que nous avons de voir se concrétiser la majorité des bâtiments que nous concevons, et ainsi, de pouvoir participer, des années durant, à améliorer la vie des gens qui y auront vécu.