TRANSPORT - 11 / 11 / 2022

Éric Girard

Associé principal et Chef de pratique en transport collectif

Tramway : un mouvement dans la ville

« Une jeune mère entre dans le tramway avec ses 3 enfants. La poussette où dort la plus jeune s’accompagne des deux plus « vieux », 3 et 4 ans. Le plus grand des deux composte le titre. Deux stations plus loin, la mère débarque en poussant le carrosse, suivie de près par ses deux bambins. »  

Cette courte scène de vie démontre bien la fluidité et la convivialité d’un système de tramway. Bien qu’un tel système puisse opérer en souterrain, le tramway permet l’embarquement à niveau par plusieurs portes simultanément, facilite les mouvements d’entrée et de sortie. De plus, la courte distance entre les stations (±400 m) resserre la densité du territoire desservi, permettant des déplacements efficaces, simples et fluides. 

Le transport collectif est souvent perçu comme un moyen de passer du point A au point B, le plus rapidement possible. Or l’implantation d’un système de tramway sur une rue d’un quartier, d’une ville, revient en quelque sorte à intégrer un « trottoir roulant » ayant le pouvoir de réduire les distances et de rapprocher les services et les commerces. La fluidité et la régularité du système en font un liant fort, permettant aussi d’amener « en ville », une population périurbaine capable de générer de la densité et du développement.   

Un peu d’histoire…. 

Au Québec, comme ailleurs, le tramway a connu des années fastes jusqu’à l’arrivée massive de l’automobile. Pour faire place à ce nouveau mode de déplacement, les réseaux de tramways jugés encombrants ont été progressivement retirés pour laisser le champ libre aux véhicules à essence.  

En France, c’est près de 98 réseaux et 3700 km de ligne qui ont ainsi été démolis. Devant l’évolution vertigineuse du parc automobile, les politiques de déplacement prône la remise en place de moyens de transport collectifs dès la fin des années 70. Le premier réseau sera inauguré à Nantes en 1985. S’en suivra un retour en force de ce mode de déplacement qui, aujourd’hui, est devenu une marque de prestige à atteindre pour les villes, une façon de marquer leur dynamisme et l’importance qu’elles accordent à la mobilité de leurs citoyens. 

La disparition du réseau de tramway n’est pas unique à la France. À Montréal, au début des années 20, le réseau de tramway comptait plus de 500 km de voies, 900 véhicules transportant près de 230 millions de passager annuellement. Tout comme en France, la popularité croissante de l’automobile a conduit à l’élimination progressive de ces réseaux. 

Aujourd’hui, Nice, qui se compare à la ville de Québec en terme de bassin de population, compte 27,5 km de ligne et 46 stations.  Caen, qui se compare à Sherbrooke, compte 22,6 km et 37 stations. À Québec, la ligne qui sera mise en service en 2028 comptera 19,3 km et 29 stations. Parions que ce sera le premier jalon d’un grand retour du tramway au Québec et que ce mode de transport écologique, fiable, fluide, confortable et catalyseur de développement reprendra la place qui lui revient au cœur de nos principales villes.  

Il est clair que ces villes n’ont pas les contraintes climatiques de notre coin de pays. Toutefois comme c’est la cas pour les automobiles, l’ingénierie humaine a su développer des solutions adaptées à nos conditions climatiques facilement qualifiables d’extremes. 

Crédit photos:

STGM Architecture / Daoust Lestage Lizotte Stecker